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I comme

Te taire, poésie? Je m'y refuse !

13 Mars 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

On ne peut éternellement continuer à écrire de tels vers :

Les doigts des jours tournent les pages du livre de ma vie.

La poésie doit accéder à d’autres univers, doit voir plus loin que les yeux et en finir les images enfantées par les idées de la mimésis, de l’esthétique traditionnelle. C’est chose faite : la question a été réglée par des gestes de neige. Dorénavant la poésie ne célèbre plus rien ni personne, elle se refuse à chanter des louanges depuis que le surréalisme a changé ses langes. Autre chose, chose nouvelle : autre voix, autre réalité, autre domaine de la connaissance venu au secours de l’homme, désespéré de la mystique entachée de sang et de l’alchimie morte. Magie, magie, Monsieur Césaire. Deux guerres mondiales et combien d’indépendance, certaines perdues, en fait toutes, à la grandiose exception de celles qui se livrèrent sur les champs d’Apollon. Allons, allons, point d’angélisme, gardons-nous de la béatitude mais, de toutes ces autonomies revues et corrigées par la mondialisation, de tous ces peuples ayant vu l’occident modernisant débarquer sur les rives de leurs légitimités culturelles, lequel n’a pas, spontanément, dans la langue renouvelée de la poésie, exprimé sa révolte, son désarroi, le chou blanc de son espoir ? Il est là : le miracle ! et ce n’est pas un miracle. Là aussi, à ses côtés nagent la joie et la liberté – je partage cette joie, j’aime cette joie – dont les pires prédateurs ne sont pas tant ces requins dont on a bien voulu grossir les mérites carnivores afin d’engrosser le panthéon des légendes – ô imaginaire ! – que ces bancs de poisson, bancs de sardines, bancs de sable enfin ! Ne vous échouez pas !

Les poètes ne sont pas des inadaptés de l’esprit. C’est la société qui est une inadaptée de la poésie. Cette sommaire vérité est la seule que j’aie à offrir, et combien je l’offre : tenez, toi, toi, toi, vous aussi, tous, tenez ! Prenez, servez-vous, allez, allez ! Madame, Madame !! Par ici, Madame. Madame ? Madame ! Madame…

 

"

Pour qui ma vérité? Un nouveau né?

Ce jour est un ventriloque · tu ne connais aucune langue · il parle directement à tes tripes sans les interprètes fourbes des grammaires · il parle d’air pur et de tintements d’hôpital · tu pouvais rêver mieux · les mouettes en aval des plages sans nudistes sans prudes · les concerts en volière les buffles au galop la cigale qui professe · tu aurais pu rêver mieux que les bip-bip des machines et les pas feutrés dans le couloir embourbé de lino uniforme murs blancs et joies laiteuses · tu ne pouvais rêver mieux que ce linceul blanc contre le corps de ta mère et ces visitations incessantes où tu es objet indifférent de l’extase générale · Ce jour est ventriloque il souffle à ton oreille peu sûre encore des délices de nouveauté · ignores-tu que le vent et la pluie qui s’invitent aux fenêtres te deviendront un jour insupportables · que la fourmi dont tu suivras les évolutions fiévreuses sur le gravier deviendra un beau jour le genre de questions qu’on règle d’un coup de talon · Ce jour est ventriloque écoute donc la douce chanson que murmure la vie éclose enfin :

 

Ô le cœur pour la vie et sans guerres encore

Ô l’écorce à vif et sereines évolutions du corps

Ô sans protocole sans profession sans confession

Ô toi à la coquille brisée venu cueillir la première respiration !                     "

 

Singulier n’est-ce pas que ce petit bout de texte intitulé poème ; qu’est-ce au juste ? Nul ne sait – ni même ceux qui le prétendent. Eloignez les langages inflammables de vos définitions, de vos logiques ; le poème est une étincelle ! Il vous pètera à la gueule, et nous rirons à votre nez, juste en-dessous – bien que nous ne craignons pas la pluie. Poétique est ce qui n’est pas le reste. Autre chose, chose nouvelle : autre voix, autre réalité, autre dom – stop ! Vous avez compris le principe du cercle vertueux, et la poésie se dispense des théories de la vertu, le vice ne nous dérange pas tant qu’il n’est pas accouplé, par le moyen asexué du trait d’union, au titre infâmant de roi ou de président. Arriverions-nous sur les territoires politiques ? Immanquablement. Il ne saurait en être autrement : si vouloir s’exprimer, si vouloir être libre, accéder à la plus grande réalisation de soi, si cela participe de la poésie, alors elle ne peut être que politique. Ce n’est pas qu’elle le veuille, ce n’est pas qu’elle soit d’aucun parti, ce n’est même pas qu’elle exprime des opinions contraires aux angélus de tout pouvoir, c’est inscrit en elle, là quelque part : la poésie se débat dans le filet de ses normes, elle est révoltée par essence et sans plomb, elle se bat contre elle-même, contre nous, contre le monde.

Terre battue, terre ébréchée, vase antique du plus beau grès, joue rose et pleine de la céramique cinéraire, terre neuve et insoumise – parfois soumise il est vrai, mais alors dans quelle boue rampe sa dignité ? Debout, bous, de bout en bout, debout ! La grande loi darwinienne de l’évolution condamne tes genoux à la disparition, ô poésie, de même que l’articulation de ton dos car plus jamais tu ne devras te prosterner, te courber, face contre terre. Te taire ?

 

Je m’y refuse !

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