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I comme

Gentille p'tite fable de la mort

30 Avril 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

 

L’Homme un matin se leva, transpercé jusqu'aux os de l’intuition de sa propre mort. Inquiet, angoissé, le frisson lové dans sa moelle épinière, il voulut savoir de quel bois elle se chauffait.

 

Et demanda au chêne centenaire :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui vois les siècles défiler sans ciller ?

La mort, qu’est-ce ? Le vent peut m’abattre, la fonge me ronger que cent de mes fruits auront essaimé ; et si je retourne à la terre, ne lui rendrai-je pas alors ce que je lui ai pris ?

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda à l’éphémère :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui ne vis qu’un jour ?

Je n’ai jamais eu à m’en soucier : un jour m’est une vie, à la fin du jour m’est-elle ravie ? Ne comprends-tu donc pas que ma journée dure septante de tes années ?

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda au renard :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui croques poules et lapins ?

Je n’en veux rien savoir ; ignores-tu qu’elle me saisira bien avant toi ? Et s’il m’arrive de porter trépas, je n’y pense pas, car c’est  Nature qui voulut cette loi.

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et à Dame Nature demanda :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui dictes ses lois ?

Tu te trompes : je ne m’occupe que de naissances. La mort n’est pas une ennemie ; sans elle, la Vie en serait toujours au stade de la bactérie.

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda à la bactérie :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui première naquis ?

Je sais, je sais que ce temps que tu maudis n’est sans doute que le justicier de l’infini.

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda au virus :

Que sais-tu de la mort, toi l’artiste qui as pour pinceau et couleurs l’humaine agonie ?

Ta question n’a pas de sens : ta mort, n’est-ce pas ma vie ? Ou, dans ta folie, crois-tu que la tienne a plus de prix ?

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda au nécrophage :

Ne sais-tu rien de la mort, toi qui te repais de ses œuvres ?

Je n’ai nulle partie avec la mort, je ne fais que cueillir ses fruits. Quelle espèce d’aveugle es-tu pour ignorer que la mort est le carburant de la vie ?

 

L’Homme ne fut pas satisfait.

 

Et demanda à son Dieu :

Ne sais-tu rien de la mort, toi l’Immortel qui nous y condamna ?

Et le silence lui répondit : Qu’aurais-tu fait de l’immortalité, toi le simplet, qui ne sait te réjouir d’une vie ?

 

Mais cela, l’Homme ne l’entendit pas.

 

Une autre voix, celle de la mort, chanta :

Un paradis perdu
Poinçonné en son cœur

De sa tombe éperdu
Il me garde rancœur

 

N’entend-il pas mon rire
Qu’il devine moqueur ?
Et sa folie empire
Quand se rapproche l’heure

 

 

Un paradis perdu
N’entend-il pas mon rire
De sa tombe éperdu
Qu’il devine moqueur ?

… et sa folie empire

 

Mais celle-là, l’Homme ne l’entendit pas.

 

 

Alors, au fond de lui, une voix s’éleva, et sa peur lui dit : Ne t’inquiète donc pas, tes yeux clos se rouvriront sur un au-delà où tu vivras béat à jamais.

 

Et l'Homme pria.

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