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I comme

Mort d'un clown

17 Juin 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

Pour tout oripeau son costume de trois sous

Écorche à vif la fleur d’sa peau sise dessous

 

En cène ceci est ton corps sera ton sang

Vas, tire le rideau ton tour de piste attend

A tire-larigot la foule attend son astre

Range ton égo ta faim quémande ses piastres

Ronge tes ergots un (f)lambeau entre tes mains

Il faut payer, apôtre éteint, le prix du pain

 

 

Toujours, faudra toujours payer le prix du pain

 

La mort est passée dans ma rue

 

Avec tes souliers trop grands

Tu avais sous la talonnette des compartiments secrets où ranger la joie et le rire

Et leur gros bout verni avait des airs de coups de pieds au cul

 

Pour marcher en canard t’avais pas ton pareil

Les oies décapitées ou du Capitole te moquaient

Charlot ou le déguenillé marchaient dans les ombres de ta foulée

Mais toi : l’humilité pour chapeau de fortune

Chic encore assez pour faire semblant d’oublier que la tienne se nommait mendicité

 

Dans la tenaille de tes sourires peints

Tu tenais l’humeur de la foule et puis aussi

L’écume rongeant le roc rude de ta mâchoire

Une houle de tristesse te pendait au nez, au menton au bord des lèvres

Comme un sexe consumé

D’avoir trop tiré sur la corde et jamais sur un cigare

 

 

La mort est passée dans ma rue

 

 

Et les yeux

Parlons-en d'tes yeux

Larges

Deux

Bercés de fard

Hilares ou en pétard brillants peut-être comme un soleil sur portefaix

En porte-à-faux au centre névralgique de ton cœur des mages dansaient parés de costumes orientaux et à toute éventualité de funambules

Sur un fil où se balançaient l’amour et le contre

 

Ah tes yeux

Parlons-en d'tes yeux

Noirs

Et toujours baissés

Encore baissés pour mieux voir le sang des grands que tes rêves répandaient ? Non même pas

Aucun orage dans tes prunelles, nul foudre dans tes mains : la paix, à l’intérieur, bien rangée

Tes yeux noirs

Il me semblait y voir

l’eau de rose qui dégouline ce qu’on croyait être l’amour

l’eau usée qui s’enfuit avec la nuit l'ennui de tes paupières

l'eau croupissante des mares, ô mares où je lis le soir au couchant 1

L’eau de vie malgré tout

 

Le clown est mort.

Toujours,

Faut toujours payer le prix du pain

 

Clown, tu as démissionné de la vie, si ce n’est elle qui t’as démis de tes fonctions

Il y a dans une rue, dans un coin secret de notre cœur que l’on ignore pourtant, un carton sur lequel tu avais l’habitude d’attendre assis que la monnaie vienne te chercher

La Mort est passée la première

De la grande course du monde

Tu n’auras vu que les –

Je ne sais pas ce que tu as vu, je n’ai pas eu le temps de te demander. Et je n’en aurai plus l’occasion. Salut, clown !

 

Car ta voix, rogomme et Gomorrhe, ne rauquera plus

Dans la douleur douce-amère de ta gorge

Raisonnante enfin de tous ces sauts manqués de tous ces rires avortés

Autant de boules tapies dans ta gorge

De ces tapis qu’on roule et qu’on charge au bout de la nuit

Dans un camion sans autre nom que ses gyrophares direction tout au bout de la vie : direction

l’oubli

 

 

La mort est passée dans ma rue

 

 

 

 

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1 Louis Aragon, Ô mares sur la terre au soir de mon pays

 

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