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I comme

c.o.n.s.c.i.e.n.c.e

21 Juillet 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

 

 

 

Vingt-cinq ans
et dans chaque couinement de jour             dans chaque encoignure de l’aube
dans chaque vibrato de la pénombre apeurée
un appel à l’aventure
à l’apocalypse de l’immobilité
entendu                      et ignoré
désiré                         et refoulé
cela vous tuerait n’importe qui…

De temps en temps
au frontispice de l’âme s’ouvre une fenêtre
- n’en déplaise aux mascarons grimaçants -
un paysage ou deux cent vingt univers
que la nécessité, l’utilitaire refermeront mal
et de ce jour, de ce jeu
sourdent des aspirations qui blessent à la lucidité
qui poignardent à la routine

De temps à autre
une pensée fleurit sans qu’on sache rien de son éclosion
L’homme est ignorance de ses propres miracles
parmi les plantes sans surprise de l’habitude
Que sa beauté vous laisse sans voix             et sans courage
ainsi qu’une légère mais tenace démangeaison sous la peau        sous la plante des pieds
Adieu sommeil !

Il arrive qu’une aventure sous-marine affleurant à la conscience vous prive de tranquillité
trois heures ou trois jours
            Adieu sommeil !
            Coucou angoisse.
crevant l’écran au sein du familier, en plein milieu de l’ordinaire agencement des choses
pointant les protagonistes d’un doigt qu’on comprend intransigeant

 

ON NE NÉGOCIE PAS AVEC SES PRINCIPES

 

Nous vivons sous tension. Chaque inconscient enregistre au moins ce double mouvement : mon confort est garanti par une misère – mon espérance de vie bute sur sa finitude ; sans faille, sans brèche, ni (micro)fissure. Si la mort, Justice de l’Infini, rassemble nos carcasses pensantes, la misère divise. Et ta sérénité doit s’accommoder de cette sommaire aberration :
            Si je suis riche c’est que d’autres n’ont rien.
            Si je vis bien c’est que d’autres – les mêmes – se crèvent à la tâche
Va-t’en vivre avec ça !

Oh je sais, oui. Merci, je suis au courant. Certains se débrouillent très bien ; c’est que le Pouvoir nous fournit des tranquillisants en tout genre : pharmacopée de calmants, d’antidépresseurs, alcool, consumérisme, déductibilité fiscale des dons octroyés aux associations caritatives.

Moi ?
J’ai des bouquins qui expliquent tout ; y m’disent : c’est l’ordre capitaliste mondial. C’est la politique de la faim organisée. Asservir par l’endettement. Colonisation économique. Les ravages du néolibéralisme, la destruction par l’austérité, etc.
Ok, je veux bien : je souscris au raisonnement. Si ce n’est que ça. J’accepte.
…cependant… les explications, on m’en a assez données. Fourguées à tour de bras, des tonnes et des tomes, des articles, des conférences. On m’en a vendu de l’espoir, de la révolution qui va arriver, avec des graphiques et des analyses détaillées en prime. Je m’en suis payé du discours, de l’évaluation, de la spéculation. J’en ai ma dose, moi.
Ce que je veux, moi, c’est des noms des visages, des sourires. Des putains de photographies. Je veux toucher, je désire voir, j’en ai ma claque de devoir comprendre.

~ expérience ~

La raison je la laisse aux scientifiques. Je lui préfère la poésie. La poésie c’est ma rage. Ma rage. Elle seule.
Elle a pas de cordes vocales ma rage.
Pas de mégaphone.
Pas de sono.
Elle est pas branchée sur des baffles qui font péter les décibels ma rage.
Rien.
Elle a rien ma rage – que le petit tremplin dérisoire de mon art, ma rage.
Et s’pas rien, mais pas loin.

Qui crie ?
Une fille que le train a abandonnée sur un quai de gare. Qui crie ? La misère qui a troué ses grolles. Qui hurle ? Les ethnies vaincues, éliminées du fin fond de leurs siècles passés, anéantis. Qui crie, qui hurle ? L’enfant voué à la mine, à la mine dépitée. À qui la mine a dit : surtout n’y vois rien de personnel surtout si j’te pique un bras, une jambe. J’te laisse tes yeux pour pleurer et rien comprendre à s’que tu verras. Qui crie, qui hurle ? Ma gueule. Qui, qui ?
C’est toi, qui meurs.

T’es qui ?

Y a pas ton nom sous la photo. Sur la statistique y a jamais aucun nom. Un toutes les x secondes qu’y disent. Mais qui ? Montre-moi leurs tronches. Leurs visages. Leurs carnets, si la providentielle aide au développement est passée par leur village plutôt qu’ailleurs ; je veux voir les lettres tracées, les petites mouches de l’alphabet agglutinées sur les lignes.

T’avais une famille ?

Qu’est-ce qu’elle est devenue ? Ta femme : morte ou battue ? Et violée ? Et tes gosses : enfuis, dispersés, torturés ou embrigadés ?
Biffe les mentions incorrectes – tu m’intéresses.

 

 

 

Bon. Alors. Quoi ? Personne me répond. Silence, silence : je ne veux plus de tes auspices. Même la misère qui vit dans la rue de ma ville est trop loin pour mon langage, pour ma peine. Je ne fus jamais un homme de rencontre. Alors, je fais tout tout seul : les versets et les répons. Et il arrive que ça pue le chien de l’exotisme et du phantasme. Tant pis.

« 

Nous qui avons toutes les ressources de l’humanité
Hormis la naissance               pti bout de chance
Nous qui disposons de tous les outils théoriques
Et condamnés à manier pelle et truelle
Truands ou le front troué d’un auréole messianique
Nous sommes les dieux sans temple – Dieu nous entende
tends l’autre joue et si nous avions déjà tendu toute la peau de notre corps ?
et qu’il ne reste rien qu’une corde qui casse d’un claquement sec

Nous qui avions la joie la danse la palabre l’exogamie
Et dans le torse une encoche où glisser la verroterie
des cultes des ancêtres des choses sales et dans de sales draps
avons reçu vos offrandes de petite vérole
ô totems ô grands dieux du mythe ô larmes de la jungle
Nous sommes ceux que votre science a cantonnés au folklore
a rangés bien étanchement dans des mesures anthropomorphiques
aujourd’hui encore… sa sœur économie planifie nos vies et morts

Cramés nos crânes crépus
Crevés comme crèvent les pneus : on les remplace
rêveurs de rêves lépreux
Affamés de viande crue d’égalité qui l’eût cru ?
Que repartent les galères qui jadis vinrent nos pères
arracher à leur terre ainsi qu’à leur humanité première
Que repartent les galères !
Nous demandons
nous demandons
comme on prie
dévêtant nos corps qui sont si sales à l’angle de vos yeux
ôtant l’enveloppe anxiogène de nos dermes, dame !
et regardez, regardez bien sur un drap(eau) blanc de paix
dusse le noir s’encastrer à jamais dans la symbolique de la dualité – qu’importe !
dussent les caricatures provoquer l’hilarité des générations à venir – qu’importe !
regardez bien : nous y déposons notre seule intelligence
pour discuter

Nous demandons, ô demander
comme si nous demandions son immensité à la lune
comme pour une promesse de mariage
comme un serment éternel d’amitié
la prunelle qui vibre et le cœur qui manque de rompre
l’espoir vivant qui cultive la terre brune nos yeux humides
comme le bouddhiste demande à l’animal d’accepter le sacrifice pour que la famille puisse passer la nuit sans se tordre le ventre sous le fouet des crampes
comme la mère éplorée comme le père terrassé demandent qu’on épargne leur enfant s’il faut épargner une seule chose
comme le guerrier demande le combat loyal
comme le condamné à mort une ultime faveur

Nous demandons comme le lion féroce demande qu’on lui obéisse
les larmes ravalées une armée dans la gorge
comme un cri rebondit dans l’abîme un tam-tam vocifère
une gazelle bondit un ours charge une tornade un orage tropical un raz-de-marée
une déferlante un vent furieux un éléphant blessé un élan du cœur une pluie de mousson
une foule dans la rue un vague immense un cri sans précédent une volonté intraitable
comme un nourrisson demande à boire
sans fioriture que l’instinct de survie


Nous vous demandons
la démocratie – mais vous n‘aimez que celle qui se prénomme profit
la démocratie – si vous n’aimiez pas seulement la sonorité du mot
si vous ne vous en serviez pas que pour décorer vos discours et bonnes consciences et promesses électorales etc

Vous avez bien entendu : nous exigeons la démocratie.
La vraie - l'étymologique
Pas votre condescendance, pas votre aide, pas votre argent – gardez tout
pas votre industrie pas vos secrets pas vos théories
pas votre bonne volonté pas vos mains laborieuses ni même votre soutien moral – gardez tout
seulement le respect de notre souveraineté
seulement mettez de côté votre insupportable propension à l’ingérence
à la colonisation
à la mort.

 »

 

 

Petit jeu fatal à réveiller les grands mots, les concepts impérieux.

 

 

Le petit jeu du grand néolibéralisme est de mettre en balance des impératifs économiques avec des impératifs moraux. La nécessité de ceux qui ont tout et doivent perpétuellement accroître leurs possessions prime sur celle de ceux qui n’ont quasi rien et sont menacés journellement d’en être dépossédés. Les droits de l’homme ne sont pas négociables ; les marges de profit sont réductibles. Telle est du moins mon point de vue sur la grande équation du monde – si peu – social. On ne me fera pas croire que le bonheur de quelques actionnaires peut-être mis en balance avec la survie de populations entières. Jamais. Pas même d’un seul humain, fût-il répugnant.

La critique a souillé le pelage du grand ours soviétique de taches irrécupérables : famine, goulag, procès truqués, mascarade d’égalité, les marins de Kronstadt, Prague 68 et les autres. Régime horrible à n’en pas douter. Deux autres choses : le régime n’était communiste que de façade – cessons s’il vous plait cette horripilante et crétine rengaine du « communisme a échoué » - ses camarades capitalistes n’a pas fait mieux. Ses homologues, devrais-je dire, parangons de vertus démocratiques, le copain Ricain en tête. Vraiment pas mieux : famine, tortures, colonisation, austérité forcée, déstabilisation, élections truquées et coups d’état, libre échange à géométrie variable, la part énorme de laissés pour compte, l’ingérence systématique, du Nicaragua au Vietnam en passant par le golfe. Seulement lui triomphe encore et sa propagande nous abreuve de vérités sommaires, de films lénifiants, d’informations partiales, de sempiternelles laudates. Alors cessons une fois pour toutes les querelles revanchardes : la révolution reste à mener. C’est tout.

 

 

 

 

 

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