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I comme

Voici Venir l'hiVer (visez l'allitération)

14 Décembre 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes, #Récit

 

En cette saison, les épaules se portent haut. On dit que les passants désirent protéger leur cou. Cette justification me parait trop noble, aussi je dis, moi, qu'ils essayent d'empêcher l'hiver de venir leur tirer les oreilles.

D'ailleurs les passants se font rares, leurs pieds étant moins enclins que jadis aux longs trajets et surtout du fait qu'ils évitent les vastes esplanades et les larges boulevards qui pullulent dans ma ville car là, le vent, qui est sans pitié pour les frileux, s'engouffre goulûment.

Oh, certes, le piéton n'est pas sans défense contre cet infatigable adversaire : il sait les galeries et les passages abrités, il est moufflu, il est ganté, il connait la caresse des écharpes et des bonnets, les bas et les grosses chaussettes. Ainsi quand son destin le force à emprunter lesdits boulevards et les esplanades susnommées, il affronte avec résignation leurs torrents de vent et passe à gué sur les trottoirs ou les passages cloutés, le nez froncé et la tête renfrognée au maximum de ses capacités dans le nid douillet et béni de sa ceinture scapulaire.

Maintenant que j'ai loué l'abnégation magnifique du marcheur, il me reste à examiner le comportement de l'automobiliste. Lui, ne craint nullement le vent derrière son pare-brise, mais il redoute un ennemi bien pire encore, parce que plus fourbe, parce qu'attaquant à l'improviste et prenant au dépourvu. Cet ennemi là, Madame, Monsieur, ne respecte pas les règles de son jeu : il ose contrarier les impératifs de sa vie post-moderne.

Ironiquement, le marcheur, bien que moins protégé, ne craint pas cet adversaire, et il se complaira même à contempler sa grâce fragile et le sourire nacré qu'il dépose partout où il passe pendant qu'envoituré à côté de lui, son congénère roulant peste et jure !

En effet, ce dernier trouvera l'addition trop salée pour quelques banderoles immaculées car il ne pourra, ce matin-là, démarrer sa voiture et sera contraint à se déplacer pédibus ou à rester cloitré dans son logement - deux options qui lui répugnent également - où tourneront en rond son corps dans le salon et dans sa tête toutes les actions que cette journée aurait dû lui permettre d'accomplir et qui seront remises à plus tard. Alors, pour signifier aux éléments sont extrème contrariété, l'humain moderne s'emmitroufflera dans les règles de l'art - art ancestral s'il en est, que la fréquentation assidue du chauffage central n'a pas encore réussi à lui faire désapprendre - et se munira de la pette idoine afin de chasser ignominieusement cette fichue neige de son trottoir.

Plat bien triste que cette frugale vengeance et qu'il devra savourer glacé. Et pourtant, ces désagréments ne l'arrêteront pas, acharné qu'il sera à rétablir, symboliquement, son hégémonie sur sa propritété privée et partant, à réparer son prestge abîmé par la folâtrerie de la nature, qui met une insupportable mauvaise volonté à se laisser prédire.

 

 

 

 

 

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