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I comme

Romance : cent paroles

6 Février 2015 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

 

…ton ventre plat est l’autel où s’agenouillent mes lèvres…

 

 

 

au frémis des portes s’ouvre le premier baquet de rosée

l’aube crie sur l’ouate de nos corps

 

ton sommeil est mon trésor le plus cher ; je chasse la route qui vrombit, j’efface le soleil qui s’invite, qui fend les eaux nocturnes, je prononce des anathèmes inaudibles contre toute cette population laborieuse et docile qui nous rappelle à nos devoirs

 

la lumière qui franchit le volet est un poème en morse

tes yeux se sont allumés dans l’obscurité qui fane, tire sa révérence

mes mains, je les invente machines à palper le temps

 

comme un médecin se résigne à injecter la finale dose de morphine, sachant ses pouvoirs dépassés, je remonte la couverture sur ton éclatante nudité, charme vaudou pour conjurer l’éveil, et supplique muette que le temps accordé soit revu à la hausse

 

mais la mécanique fait la sourde oreille et bientôt la sonnerie du réveil organisera le génocide de la nuit, portera le coup fatal, et nos consciences ne pourront plus se mentir sur l’avancée du jour et le temps sera compté

 

minutes pour déjeuner, faire sa toilette, embrasser sa mère, ranger le couvert, brosser ses dents, enfiler ses chaussures, tourner la poignée

adresser un signe rapide de la main, du cœur

 

la fatale opération géométrique qui t’as arrachée à l’horizontalité

je me retourne pour éparpiller mes sens et je ne te trouve plus

l’immatériel réflexe de ma mémoire

le bruit de ton absence déchire le lit

 

barométrique, la pression monte et tu n’es plus là pour la voir ; la seule vérité que je puis t’offrir, cette blessure dans le lit ne peut la recevoir pour toi, j’ai beau enfouir ma face au centre de ses lèvres béantes, tu ne reviens pas

je peux t’invoquer

dire ton nom sacré

vendre mon âme

mobiliser les mots idylliques

à quelle ouïe les déposer ? qui pour les entendre ? les exaucer ?

 

je les emballe délicatement dans ce papier pour toi, sachant que je n’oserai t’offrir ce soir des fleurs défraichies

 

 

 

Ton nez palmoie sur ton derme de sable où éclosent trois calices exotiques noués d’émotions diverses et qui se closent de joie quand j’y passe mes doigts de fée. Si ceux-ci sont froids, je verrai la base de ton nez froncer comme du papier, les muscles sous-jacents de tes sourcils saillir et me raconter la belle histoire de la complicité. Tes lèvres fines parfois perlent d’un mammifère timide et puis se rejoignent bivalvement sur la défensive ; je plonge alors aux abysses de ton cou pour respirer ma jeunesse. Je t’y volerai un peu de chair pour exposer dans un musée secret. Une fouille systématique de l’hémicycle capillaire démasque une oreille dans le prolongement logique de la corniche de ton maxillaire, où me siphonnerai labyrinthiquement aux tam-tams de la mer. Après une lente balade hypnotique, balayant chaque mèche, j’en retourne à l’obus nacré de ton visage. Les papillons de tes sourcils de s’envoler encore poursuivis par ton rire et ta gorge tremblée serrée dans ma main qui prend le pouls de la vie. Ma main volage qui disperse tous ses doutes géographiques avec la délicatesse d’un aveugle : passe tremblant mon pouce jokari sur tes lèvres d’une commissure à l’autre. Là, redécouvrir que l’ivresse est ronde et douce comme une joue, comme l’intimité d’une conque, et plonger dans la jungle en contrehaut. D’une flexion de ma nuque, je viendrai cueillir la pulpe  d’écume labiale, accomplissant une liturgie de tout temps. Alors, inexplicablement, mes yeux rouverts se soumettront au magnétisme de ton regard, où je lis mes poèmes, et je serai perdu pour la science.

 

 

 

 

 

 

 

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