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I comme

rez-et-cris,tue,re

22 Avril 2015 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes, #Prends ma voix

Version réécrite du texte posté précédemment : haute,haut,mât,tique

 

 

Le matin · affranchi de ses oiseaux de ses autos · avance désarmé · il vient te chercher · ses heures seront là on le sait · avant que midi minuit ne sonne · on le sait bien · on connait leur nombre et leur fonction · on connait leur petit subterfuge de quartz et de métal · on connait par avance le claquement de leurs talons-aiguilles · battant la mesure de la fatalité parque · on sait qu’elles n’hésitent jamais et c’est notre tourment · on connait leur pas claquant précis et néanmoins si feutré que parfois · je dis bien parfois · il arrive qu’on ne les entende plus passer · brusquement le soir est là sans qu’on l’ait vu venir · oui parfois · mais elles jamais tu entends jamais ne nous oublient · Le matin arrive ami faire taire la poésie · ce sont les oiseaux · ce sont les autos · l’ont affranchi · fuit fuit madame nuit  · il faut rappeler au devoir tous ces soumis qui se sont égrenés dans l’alcool la nuit · comme les perles du rosaire · il faut les rappeler au devoir aux prières · tous ces matelots des galères autoroutières · les auto roulent où de routine · les trajets sont obligés · automatiques et je ne parle pas de textes · la poésie s’en est allée avec la nuit · la nuit belle de ses saouleries · des petits exploits de l’ivresse · des chansons des beuglades des urines sauvages et sans dompteur · des graffitis esquissés au coin d’un mur et du courage · des triomphes de l’insouciance · et les conneries ce fameux raccourci vers la joie · maintenant d’ces raccourcis un panneau barre l’accès il y est écrit un seul mot · matin · alors ferme ta gueule ferme ton esprit à l’Insolite aux Puissances  · rapace des grandes cimes coule dans ta vallée anonymement meublée de logements · reçois ton iode et tout ce supplément de molécules qui flottent dans l’air · libre bien entendu · le smog t’es livré à domicile · et tu recevras aussi ta dose de pollution bien emballée aux heures de repas · tant que t’y es reçois tes ordres · les ordres de paiement et ceux de ton patron · et pense à ton loyer pense à payer et à tes vacances aussi qui viendront · sois-en sûr elles viendront minutées comme cette matinée sans surprise · elles viendront avec leurs trésors d’émerveillement programmé porter le secours indispensable à la pression qui habite ta cage thoracique · cette pression qui se lit dans la contracture de tes épaules dans l’affaissement de tes poches oculaires · ah sourcils froissés de soucis · où demeure donc la peau lisse le muscle décontracté de l’insouciance · n’y pense pas · Un matin tes les apportera tes vouchers · billets d’avions · liberté mécanique · ouvre tes yeux déploie tes photos car il faudra raconter, prouver · en attendant bosse bosse bosse · tu les aura après tes vacances et avec leur souvenir il te faudra tenir une année de plus · une année de plus · une année de plus · aigle empaillé busard muet fragile condor cou-coupé

 

Ô le cœur pour la vie et sans guerres encore

Ô l’écorce à vif et sereines évolutions du corps

 

Que dire de ton premier matin · l’aube pour tes yeux · ce jour était un ventriloque · tu ne connaissais aucune langue · il parlait directement à tes tripes sans les interprètes fourbes des grammaires · il parlait l’air pur et les tintements d’hôpital · tu aurais pu rêver mieux · les mouettes en aval des plages et la guitare du ressac par exemple · les savanes à perte de vue les buffles au galop ou la cigale qui professe sous les pins · tu aurais pu rêver mieux que les bip-bip des machines et les pas feutrés dans le couloir embourbé de lino uniforme · murs blancs pour joies laiteuses · tu pouvais rêver mieux que ce linceul blanc contre le corps de ta mère et ces visitations incessantes où tu étais objet de l’extase générale · Oh gouzou gouzou le bébé · Ce jour était ventriloque et tes lobes peu développés · ta langue ne pouvait alors que pleurer · c’est déjà pas mal tu me diras · entendais-tu déjà à ton oreille peu sûre encore les délices de la nouveauté · ignorais-tu que le vent et la pluie qui s’invitent aux fenêtres te deviendraient un jour insupportables · que la fourmi dont tu suivras les évolutions fiévreuses sur le gravier deviendra un beau jour le genre de questions qui se règlent d’un coup de talon · ignorais-tu qu’un jour dans le métro tu pesterais contre ces mêmes cris que tu te plaisais à pousser ?

 

Ô le cœur pour la vie et sans guerres encore

Ô l’écorce à vif et sereines évolutions du corps

Ô sans protocole sans profession sans confession

Ô toi à la coquille brisée venu cueillir la première respiration

 

Depuis tout ce temps muet · tu te tais · as-tu appris ou oublié à parler dis-moi · dans ces collèges où la soumission est pédagogique · si t’es muet prends ma voix · j’te la prête et sans intérêts encore · elle a le pouvoir de Sortilège · celui que tu perdis entre deux années scolaires entre deux anniversaires · ce pouvoir d’aller là-bas · là-bas ! pays de portes ouvertes · outre béton outre habitude outre règlementation outre ponctuation · la voix seule sait défaire les toiles du contrôle citadin · elle seule sait réinventer les liturgies matinales · je veux dire ces mâtines qui t’ont mâté · m’as-tu-vu t’as une bagnole un appart et même pas de voix · c’est pas grave prends la mienne · elle n’est pas exotique · elle ne te fera pas voyager · ailleurs où est-ce ? n’écoute pas les marchands de vent qui voudront te vendre ce que tu as déjà à portée de main et que personne ne possède jamais · le rêve · prends ton élan démarre ta course dans ses starting-blocks · troque tes pensées de pain et de quotidien rassi · non tu n’es plus cet esclave éploré sur la tôle de tes aspirations · écoute écoute le vent se lève sur le sommeil de la cité interdite · ça pue l’hiver une ville · c’est plein de sens interdits de jeux interdits de gens internés · la ville cet hiver perpétuel avec ses pauvres créatures aux aubes caféïnomanes aux cerveaux inutiles · ils ne sont plus que bras ceux-là · souris tu as recouvré la voix · désormais tu as la chaleur dans tes mots · oui ce sont tes mots rien qu’à toi · n’oublie pas de les donner aussi · tu vas pouvoir parler enfin · et qui sait être entendu peut-être · ici à cette minute précise marque une croix dans ton calendrier ô joyeux évadé de la courbe statistique car ton insaisissabilité commence

Oui prends ma voix · d’abord · ensuite prends la tienne dès que tu auras mis la main dessus · elle doit bien trainer quelque part · une armoire de jadis ou un tiroir jamais ouvert · reprends ta voix · arrache-là au néant · beugle formidablement · envoie tes bras de mer jusqu’au cou des nuages · sois hanséatique ! parcours toutes les eaux · il n’y a que toi face aux océans · et les sirènes des médias et les mouettes de la pollution qui crient somptuaires tu t’en fous · prends ta voix comme une aubaine sur l’absence d’essence · diminue la pression et regarde au cœur de la mécanique de ce tourbillon incessant que tu crois ta vie · ta vie ! tu ne la possède pas · la vie ronge jusqu’au bout des doigts · j’aspire à respirer · sur quel balcon ? avec quelle femme à mes côtés ? celle que j’ai ou celle que je désire ? avec quelle peine à mes côtés ? assez · prends ta voix · l’ouest se soulève grandiloquent dans la poussière du matin · bus, métro, tram oubliez vos terminus · moi je reste

Et moi je reste seul mais avec ma voix · ce n’est pas rien · ça permet de gueuler une voix · alors fais-toi plaisir · n’attends pas · décroche-la ta voix de son râtelier · allez

 

Avec l’opale en feuillets serrés du combat contre soi livré

Avec l’air pur retrouvé au couperet de pensée délivrée

 

Moujiks · fils de la terre · si seulement vos mains pleines d’étoiles et de boue avaient toujours la forme de poings dressés · moujiks z’aviez l’Iskra dans la littérature et la charrue pour les sillons · hélas vos faux devaient être vouées au trépas · moujiks où restez-vous ? je ne vois plus que des koulaks · je ne vois plus que des apparatchiks et tchack des gorges tranchées · l’espoir décapité · je vois des geishas avec pour rétines des trottoirs et comme sourires du professionnalisme · je vois des employés hagards avec les idées bien rangées étiquetées dans leurs hangars · style stockage chaotique · tu les vois ces gens abrutis qui ont une bête dans le torse et leur torse est une cage · et aucun parc où la libérer · aucune oreille pour entendre ses hurlements · et de toute façon aucune voix pour les crier · qu’est-ce qu’on y peut ? rien · rien du tout · c’est pas mes mots qui vont changer quoi que ce soit[1] · on se sert tellement de nos impuissances · des territoires impensés que chacun traîne dans son sillage · la révolution c’est une théorie en friche · on laisse pousser n’importe quoi · jamais nos voix · vois-tu la terre à bâbord ? non · alors tourne en rond · laboure encore ce même lopin où les chiens n’aboient plus qu’aux minutes du procès du matin car la nuit les loups sont jaloux · oui laboure · y a rien d’autre à faire · l’amour ? oui c’est la même chose et après · une fois le corps découvert il n’y a plus rien à découvrir, oublie · une nuit d’amour c’est tout ce qu’on y amène · cette mémoire qui lâche jamais prise · ce petit fardeau de rien du tout qui met les colosses à terre · alors oui l’amour la nuit · c’est un début de voix si on n’a pas peur de crier · sinon c’est rien que l’habitude en tout et pour tout · la même qu’avant · et quand le soleil entame sa garde à l’orée de notre fuseau horaire il n’y a plus que nous dans le prétendu silence du monde · seuls · chacun sa solitude · horizontaux sur le même lit sous le même toit soit · chacun dans sa caboche · ensuite faut se lever avec le matin · en un mot recommencer · l’amour c’est pas la voix · le corps ça balbutie · c’est tout au plus les cordes vocales · aussi n’oublie pas de les muscler et puis déploie les ailes de ta voix · prends tous les mots que tu adores et que tu abhorres et jongle avec aux carrefours · mendie à l’imagination ses parcelles de magie · aucun mot n’est tabou · la poésie n’a pas de pudeur · comme l’amour · toutefois il est certains mots que je me refuse à prononcer · l’acceptance notamment · une lotion certainement dont certains voudraient que l’on se l’applique dès que possible sous le disque chaud de la poitrine où le cœur s’use · la révolte est fragile mais ma voix est pleine de prévenance de mousse · ce n’est pas encore ce soir que j’accepterai de bâfrer à la gamelle qui me sera attribuée · chacun sa soif · moi je préfère les ruisseaux

Alors oui je bois à celui en bas d’chez moi · mea culpa · bien obligé · les autres sont trop éloignés j’ai pas le temps · je n’prends pas le temps j’avoue · je sais c’est minable · que ceux qui ont la force y aillent · moi je reste · chacun ses chaines chacun ses scies chacun son balcon · ce qui importe c’est de gueuler · pour dire quoi ? ah alors ça j’en sais rien · ce qui passe en toi · faut se brancher sur son courant intérieur · je ne puis rien te dire de plus · d’ailleurs je ne sais rien d’autre · aucune soluce                    
j’ignore quel mot jeté sur le papier de la parole fera l’Insoumis, le Tumultueux · j’ignore quel enchevêtrement de syllabes mettra la bassesse à genoux et relèvera la misère · j’ignore quel sortilège cousu de mots blancs réconciliera nos amertumes usées par l’ouvrage nécessiteux et les échéances · un marin a-t-il jamais dompté la mer ? je n’ai pas de formules magiques · jamais mes mots ne pourront recoudre les plaies de l’écorce humaine · je fais circuler la sève rien de plus · les panacées coulent entre mes doigts joints · faites d’une eau sans doute trop pure · oublie-moi et passe ton chemin si tu cherches des certitudes · tu t’es fourré le doigt dans l’œil pote · contradiction c’est mon pain quotidien · je vis de verbe et d’eau potable · je suis un élément de la grande plomberie et j’en connais qui voudraient me tourner comme une vanne · et parfois ils y arrivent · on croit à son libre arbitre on croit que sa volonté couche dans une inexpugnable forteresse · on croit maitriser les choses · c’est faux · les choses ne sont pas là où on les croit · elles bougent en notre absence · d’ailleurs nous sommes absents autant que nous sommes obscurs · notre seul agir ici-bas c’est ce choix · un choix qu’a plus que la peau sur les os  · le choix de jouer ou de brûler sa partition · Alors si tu veux jouer avec les grandes figures de l’Histoire pars jouer avec un autre orchestre · moi je reste · moi ma voix mes points d’interrogation

 

Avec l’opale en feuillets serrés du combat contre soi livré

Avec l’air pur retrouvé au couperet de pensée délivrée

Avec la pharmacopée au secours de poumons embolis de cris d’émancipation

Avec les orages noyautés du non-conformisme pour seule protestation

 

Rien ne brûle dans ce pays sans lutte · naviguons sans bâbord · le cap droit dans le mur de la mort · nos œillères crient amor amor · rien ne brûle dans nos mains fermées · ni la famine ni l’esclavagisme ni la misère noire ni tous ces mots ridiculement indolores à prononcer · avec eux on peut dénoncer à s’en faire péter la bonne conscience comme un bouffe à s’en faire péter le bide · tous ces mots aussi grands que des drapeaux qu’on brandit devant la foule · moi les drapeaux je ne les aime que brûlés · mais ici rien ne brûle tout est muet · si t’es motivé pour l’immolation range tes pyramides célestes et ouvre tes paumes tes yeux ta voix · ouvre tes écoutilles et fais tourner ces poètes qui font pleurer les phonographes · ceux qui mènent leurs socs téméraires à l’assaut de la charnière de la terre · ce charnier sans nom · chuut · tais-toi Arménie Congo Indiens d’Amérique ces mots n’existent pas · il est devenu dangereux de les prononcer sur cette vieille terre · trottoir des richesses paysannes · mais on va quand même pas laisser le pouvoir nous sillonner de sa chanson agraire en échange de quelques patates · sa musique d’engrais d’ogm et comme interprète la moissonneuse batteuse  · non non non sept cent fois non · ce même pouvoir qui nous fait la sourde oreille · qui voudrait qu’on vienne lui manger dans les mains ses couleuvres de prétendu bon sens · qu’on gobe ses mots comme s’ils étaient sincères · et transformer la terre en une table ronde où tout le monde parle sa novlangue mondialisée · pas de notre vivant · pas tant qu’on aura une voix                                  ouvre tes paumes tes yeux ta voix · Afrique Cochinchine Antibes Haïti où l’homme noir premièrement s’est dressé · quittez vos vieilles guerres manufacturées · vous aviez l’indépendance dans les sangs alors ouvrez vos yeux s’il vous en reste · s’ils n’ont pas été tous coupés comme des mains pas assez serviles · ouvrez vos voix comme des veines et saignez saignez de ce sang rouge · aussi rouge que le mien · je ne pourrai jamais le faire pour vous

Ici rien ne brûle · assez de cette peur qu’on brandit aux heures de grande écoute · machine à fabriquer la torpeur · tellement qu’on ne se souvient plus décidément qui est cet individu que l’on est censé être et où reste sa voix · où sont les très chatoyants murs de l’imaginaire et ce qu’on peut griffonner dessus · à même la pierre · où faire éclater vifs ces orages montés Ventoux en nous · qu’explosent que pleuvent que jaillissent · courages aux larynx épatez-nous · entonnez ce chant de lave cette calcination remontée tout droit de notre foie  · il a bu trop d’alcool pour oublier notre foie · pour oublier quoi ? l’affreuse obséquiosité des urgences monétisables · dans ce pays où tout est monnaie · où tout se monnaie · le talent le temps le travail la bonne conscience l’art lui-même · ne fût-il pas un temps prime où l’art répugnait aux cachets royaux ou mécéniques aux snobismes vitrinaires des galeries à la mode · tout est dû au capital · quand t’es du mauvais côté du rapport de production l’alcool est ton allié indéfectible · oui bien sûr où y trouve des Annapurna des tropiques-pocket qui font guili-guili-mandjaro qui culminent à mille et mille et mille encore et plus mètres au-dessus du rire · oui bien sûr on aime ça · mais nous ce qu’on demande  · ce qu’on exige c’est un rire féroce · pas acheté au supermarché · de cette colère venue de gouffres discrets des bas-fonds anonymes de nos tripailles de nos révolutions espagnoles et sous-cutanées

 

Je veux rires retrouvés je veux

Aurores sans joug, flammes rouges mais non feux

 

Morts morts villages rayés peuples détruits villes rasées · faut-il donc une raison pour se faire exploser la caboche avec des pinc(é)es d’acier ailé ? les bras croisés chacun sa barrière sous le coude chacun sa grimace mal rasée · en un mot chacun pour soi · la douleur ? on la préfère accrochée aux salons des autres · elle y est plus belle · mascarades · l’individualité pour moratoire · chacun ses décors ses amours mortes ou bien seulement ensevelies dans l’coma · ton casque à la pointe de ta gueule et ta moustache policée ton regard ovin ta meilleure obéissance tu sais où tu peux te les carrer ? ma voix n’est pas une matraque mais je peux quand même te taper dessus · Les tanks n’effrayent plus personne dans leur vitrine de jeu vidéo · la dictature est agitée pour faire peur aux enfants rebelles · la croissance est un dogme qui en vaut bien un autre · la nature existe-t-elle encore ?

 

Je veux rires retrouvés je veux

Aurores sans joug, flammes rouges mais non feux

Ta joie crépitante partie en fumée je veux

La retrouver entre nous deux

 

Sur un bourgeon éclos de l’amour · sur une feuille de vigne · déposé aux pieds du prophète en son pays · celui qui parle plaide prie crie ou écrit · sur un rameau d’olivier coupé aux sources intarissables · aux feuilles échevelées par le vent ou comme par magie · ô magie j’y ai puisé tous mes mots · les ai ordonnés sans ordonnance · comme un fruit au maximum de sa pulpe · il ne faut pas craindre que les foudres de tous les Orients s’abattent sur qui déplie les paratonnerres de sa voix · la corruption des Occidents je m’en laverai éternellement · j’ai l’eau bénite du verbe · j’ai les sacrements du vers libre · j’ai le magistère de ma voix · et je le sais une fois pour toutes · la magie est en nous

 

 

[1] à moins que…

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