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I comme

Où devant le monde fait livre, je deviens lecteur

19 Décembre 2016 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

 

écoute bien ce que je vais te dire car je ne le répéterai pas - la vie est une cause perdue et c'est pour elle que l'on se bat - rien à voir avec la beauté romantique - et moi je dis qu'on la retrouvera

elle nous échappe au coin de la rue, du battement du coeur, elle nous file et puis entre les doigts, elle sourit et puis prend des rides, elle sourit et puis soupire et puis ? à peine une souvenir

tes photos ont le pixel amer - des lèvres béantes mais point de rire, du soleil mais point de chaleur, des visages mais pas de présence, tant d'amis et où sont-ils donc maintenant qu'il faudrait combler cette mienne déshérence

Dans l'isolat des impassibles heures
Mémoire ne suffit plus à soigner ma langueur
Dans les vases il n'y a que des flétrissures
Et une vague inclination pour la nature

l'eau le sel et le vent
la pente le caillou sous la semelle
juste assez de soleil
pour aimer les murs-vivants
quelque part un ru fredonne
il est dix heures et le chemin naissant
sur lequel un pas ami résonne
les kilomètres par devant
le sac arrimé au dos
aucune nostalgie du canapé, du lavabo
seulement une tente un pain un fromage
et puis surtout... l'absence d'écrans

c'est dans ces moments - et deux-là uniquement - que je me réconcilie avec elle, la vie - quand, au sommet de quelque montagne ou au détour de tel torrent, je sens que le monde m'enlace, enfin, que j'embrasse les embruns, alors, je suis humain

le reste du temps, pâle copie, je me livre aux obligations et à l'état qui m'étudie et me trouve tellement intéressant qu'il garde une place pour moi parmi tous ses dossiers - le reste du temps, dans un local parmi d'autres, je m'étend sur le canapé-lit de l'ascolarité de mes élèves comme un vizir sur son tapis de piques sauf que moi je ne suis pas un vizir et que ça m'écorche la peau - le reste du temps, je m'allonge sur le canapé-cuir de mon salon et je plonge dans des rêves oblongs où une manette commande le plaisir et un clavier les désirs

Ce la fait trop longtemps que je n'ai pas, un sac sur le dos, vécu la vie que j'aime, celle où je me sens vivre, celle où devant le monde fait livre, je deviens lecteur.

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