Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
I comme

Généalogies

24 Mai 2017 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes

 

Mes aïeux sont nés sous de grands nuages noirs de charbon
C'est la mine puis la métallurgie qui les a installés entre hauts-fourneaux et terrils
La maison à deux pas de l'usine
C'est la mort qui les a fauchés bien avant ma naissance
Silicose, cancer, épuisement ?

Je passe à la ligne mais cela n'a rien de poétique. Aujourd'hui je suis d'humeur à pisser sur le vers comme d'autres chiens que moi sur les réverbères. J'ai mis une chanson de Ferré pour accompagner mes doigts sur le clavier, c'est un texte de Caussimon, ça s'appelle Ne chantez pas la mort. C'est très beau. Bien plus que ce que j'écris. Ma fleur est fânée ? n'en crois rien, elle renaît à l'envi. Je ne suis pas encore mur pour brouter le pissenlit par la racine. L'envers du décor, c'est tentant. On baise plus souvent en coulisses que sur scène, paraît-il. En tout cas moi je fais ici bas ceinture, quelqu'un (qui?) a modifié mon code génétique, désormais le microscope y lit ce mot : "résignation".

Et pourtant il y a cette colère immense qui pulse en moi à chaque pleine lune.

Les canines me poussent et j'écris. Un poème tombe, comme une tête. Une vocifération aphone. Un coup d'épée dans l'eau, oui. Dieu que l'onde est belle. Trémolo de surface. Vibration délicate, j'en ai l'oeil ravi. Et alors, tremblant d'une émotion dont je ne connais le nom, mes menottes se délient et sur le piano droit de mon ordinateur, je prends de l'altitude et j'entonne le chant

Quel chant ?

Et bien cette symphonie interrompue dont je reprends la composition à chaque gribouillage.

Elle est mon seul ouvrage, elle me tient lieu de dignité.

Il n'y a pas de quoi être fier ?

le manège tourne l'herbe
jaunit l'argile la tourbe
la calèche s'embourbe
le cheval               hennit

Non, il n'y a pas de quoi être fier, ce ne sont que des vers, que l'on porte par devant, ou par devers soi comme une écharpe contre le mauvais mistral du temps.

Bon allez, c'est pas tout ça, il faut que je file. L'heure a tourné, comme le lait, il faut que je me jette dehors, de par les rues de la capitale pour gagner ma croûte ou quêter mon loisir, comme il vous plaira de choisir.
 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article