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I comme

Passeport pour... (3)

10 Septembre 2013 , Rédigé par T.B. Publié dans #Passeport pour un pays encore à inventer

 

Fille d’alun d’un soir saigne d’argent pour les plaies de nos âmes.
Je sais bien qu’un aveugle garde les portes du paradis qui lit dans les cœurs, les fleurs me l’ont dit. Je sais bien qu’après les tempêtes vient la biche du soleil jouir de l’azur apaisé, les fleurs me l’ont dit. Je sais des miracles, des beautés, des espoirs ; seulement il s’avère que le catéchisme du monde ne correspond pas au schisme de mon âme. Ma mélancolie hallucinogène : j’ai cru voir, dans un mirage du désert nocturne, Sisyphe pousser son roc flambant. J’ai cru voir Atlas comme une girouette à ta circonférence. J’ai cru voir un signal de fumée dans chaque cratère m’invitant à boire un vin nouveau.
Qu’est-ce qui au juste est du réel et du merveilleux ? Y a-t-il dans les songes, ces parcelles de vérité qu’y pronostiquaient les Anciens ?
Cette nuit-là, j’étais perdu dans ma vie comme dans mes pensées…

Fille d’alun d’un soir saigne d’argent pour les plaies de nos âmes. J’ai quitté un monde cacochyme, démocrate aux tribunes et fasciste aux alcôves ; j’ai quitté une société qui se jugeait civilisée, parce qu’elle pensait que le dessein ultime était de dominer ; j’ai quitté un peuplé éreinté à la conscience gordienne tranchée du fardeau des jours par la virtualité. J’ai quitté un monde que je n’ai jamais très bien compris car je veux définir seul les statuts de ma servitude !

Fille d’alun d’un soir saigne d’argent, je ne suis plus cupide ! Œil cyclope déchire la nuit de khôl, j’ai les cupules de mes mains à remplir de ce qui me dépasse, à ras-bord, à en déborder.

        « Raconte-moi les hommes défunts – chacun d’eux ; les courages vains, les morts sereines, ces amis de l’âme que je n’oublierai plus. Raconte-moi les anciens mythes qu’on se passait comme des joyaux aux soirées hiémales ou vernales. Raconte-moi la montagne qui marche sur les ennemis de l’homme et le foudre sexe céleste ; la croissance des arbres et pourquoi la mort des enfants. Les pensées de lave des vies de cendre, les filles endeuillées de leur enfance qui saigne, la jeunesse qui monte au créneau des conventions et courbe la tête sous le poids des larmes. Raconte-moi comment la chenille de temps tue les rêves et s’ils ont un cimetière où je puis leur rendre hommage. Raconte-moi. »

 

Et comme une promesse les couleurs de paraitre, drapées du firmament.
L’ocre est la plage infinie de ma jeunesse où la mer étale achalandait ses caresses aux orteils des cocotiers déserteurs. Les plages de mon pays ont les jetées paisibles et longues comme la minute où l’amante disparait dans son train d’exil.
Le rouge décline les invitations à la tendresse, fureur amoureuse où les égos s’abimaient un beau matin, où les séparations se sonnent à la corne de brume de bateaux majestueux sur le départ ; parmi la foule un quidam se distingue mal, parmi la houle, un serment se noie péniblement.
Ce noir qui meurt de devenir bleu, d’une violence toute symbolique, se pâme et fane, et carie les hommes pour mieux se venger.

Et comme une promesse les couleurs de paraitre, à l’interrupteur de Phébus, une poignée de jeunes filles magnétiques se disperse au vent de la paume ouverte de l’horizon, voltent et virent à toute électricité nourrir les épaves urbaines permissives et passives, toujours trop. Mes lèvres de fumier par trop, vraiment trop, contaminées du vocable de l’usage, cherchent de nouvelles métaphores dans le carcan des cieux, des livres, des idées. Watt, Tesla, Edison, électrostatique, lampe à arc d’énergie atomique ; ne peut-il pas suffire d’écrire aux brins de l’herbe, sans réveille-matin ?!
Qui voulait une télévision pour l’instruire, une électricité pour l’émanciper, une toile mondiale pour le rendre libre ? Et si la liberté commençait par savoir les couleurs de l’aube !
Et si la liberté commençait par savoir les couleurs de l’aube.

 

~~

 

Je me réveille, un matin, dans ce pays où les villages ne bêlent pas ; le corps encor engourdi de ce long voyage qu’on appelle la tristesse.

Et les couleurs de paraitre, sous la baguette du soleil, comme une éjaculation de mots.
Les mots en ont déjà sauvé plus d’un, d’autres s’y sont perdus. La folie guette partout, même quand la palette de la nuit s’est refermée : on n’y voit pas mieux en plein jour.
On n’y voit rien.
Poésie, trouve-moi des couleurs à exprimer mes sentiments !
La folie, on y vient tous, mais pas par les mêmes chemins. Sauf qu’on ne l’appelle plus folie, mais enchantement. Il y a tant de couleurs à découvrir !
Ô solstices, berceau de la vie : ne dites plus poètes mais chrysalides, ne dites plus espoir mais amour, ne dites plus liberté mais soyez sa légende.

 

Il suffit de quelques mots pour écrire un passeport, pour inventer des pays fabuleux. Ce n’est pas parce que le monde existe déjà qu’on ne peut plus le rêver.
Le monde, les pays sont déjà là, indéniablement ; les hommes restent à inventer.
A commencer par soi-même.

 

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