Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
I comme

Articles avec #cahier d'un periple en pays cathare tag

Cahier d'un périple en pays cathare

29 Novembre 2013 , Rédigé par T.B. Publié dans #Poèmes, #Cahier d'un périple en pays cathare

 

Cahier d'un périple en pays cathare

 

Poème d'obédience largement automatique composé au cours d'une semaine de voyage dans le Sud de la France.

Merci aux photographes !

Cahier d'un périple en pays cathare

Aller

la ville prend le thé à l’herbe de mes genoux
la berge l’auberge route claire du matin où la ville actionne ses premiers piston
s
la berge est un confort vert venu border à la demande des grands manitous le sommeil de la route nos flemmes coupables
les bus girouette dansent sans nom
le ciel n’existe plus : les câbles les tours les oiseaux l’ont tué
je n’existe plus et je m’en veux

Moi n’est rien qu’un mensonge.
Toi est un mot à la réalité mouvante, floue, fragile, il suffit d’un souffle pour qu’il se dissipe : une voiture passe dans l’air blanc qui emporte tes traits. Depuis que tu n’es plus là, toi ne signifie plus rien.
Nous, une réalité qui prend l’eau du temps qui passe.

deux petites mains s’agitent pour défaire le capitalisme, ne réussissent pas échouent ne font que le chatouiller et son rire fait mal sous la peau
à l’infini de mes membres il n’y a plus de pieds
je rêve de jouer la fille de l’air ; de l’air d’autoroute

Mais n’est-ce pas dans l’apnée qu’il faut chercher le secours de l’homme ?
Certains l’y ont déjà cherché, assurément : où sont-ils ? Que leur est-il arrivé ? Sont-ils passés à côté, juste à côté, infiniment près, sans le voir ? Se sont-ils trompés de direction ? Ont-ils échoué sur la plage des sirènes ?
Ou bien, ah ! la terrible hypothèse, n’ont-ils jamais quitté ce café où ils asséchaient leur gloriole ?

il a fallu que j’ôte mes lunettes, elles me donnaient à voir l’âme des gens, et je n’en pouvais plus !
le rouge le vert trempent leur pinceau dans mon imagination
le soleil n’est qu’une idée, à l’instar du café, il ne réveille pas mais prolonge l’illusion
soleil de juillet jouit dort repeint la façade et passe l’aspirateur

 

C’est sur un carton déchiré plutôt que sur une pâquerette, par commodité, que j’ai inscrit ma destination. Sous mon pouce tendu au bout de son bras, la route s’étale immense et pleine de promesses.

Cahier d'un périple en pays cathare

Départ de Foix

La montagne est là, devant nous, à nos pieds, belle comme l’aventure, immense comme seule la montagne peut l’être. Comme une série de demi-huîtres qui perlent leurs villages. Immense et belle, l’incertitude tricote ses schémas dans nos esprits. Qu’est-ce qui nous attend là-haut ? Trouverons-nous un endroit où camper, de l’eau ? La montée sera-t-elle dure, l’orage nous tancera-t-il les cuirs ? Nos estomacs assimilent le pain pour nous donner du courage et forts de nos provisions, nous lançons nos pieds à l’assaut du premier contrefort. La ville se dissipe peu-à-peu, brumeuse, nous l’oublions dans la vallée, prenant bien garde de n’en rien prendre avec nous.
La montée est abrupte.

Les sacs sont lourds à nos dos, peu habitués à ce genre d’exercice, et le pas est pesant, le chemin s’élance lentement à la conquête de l’altitude et nous le suivons tant bien que mal. Rapidement, il s’incurve au flanc de la montagne et nous montre l’ivresse des panoramas. Au fur et à mesure que nous prenons le meilleur sur la vallée, la vue se fait imprenable et nous à sa poursuite ; la ville devient un tableau gris et rouge, drapé de son château de lego, puis nous abandonne à un détour du sentier au profit des villages en amont.

De temps à autre une clochette tinte et les yeux cherchent à confirmer la possibilité d’une vache, d’une chèvre, mais bien souvent ils sont déçus ; la forêt jette son voile sur les secrets des pâtures. Nous avançons aveugles vers l’hypothétique pelouse promise à nos tentes et voici qu’une ruine se dresse sur le chemin, hospitalière de son champ vert et horizontal. Les sacs sont jetés bas, la meute piaille et il est tôt décidé qu’ici nous dormirons.

Des mains césariennes plongent dans les sacs pour en extirper les tentes, chacun choisit le giron d’herbe qui lui semble propice et un troupeau de tipis commence à se former, les piquets sont dressés et les toiles tendues, quand soudain arrive un intrus ! Dressé sur ses membres, le regard fixe et sombre, à une distance respectable puis avançant lentement, comme quelqu’un sûr de son bon droit, une vache, puis plusieurs.

Si souvent dérisoires derrière leurs clôtures, voici les masses de chair qui s’approchent et reniflent, dont les cornes semblent soudain terribles et on se prend à douter du légendaire flegmatisme de la bête. Chaque mouvement est interprété comme une promesse de charge, mais le danger est imaginaire, création de citadins égarés, et les vaches passent, armada paisible, nous laissant à nos questions de tendeurs, de sardines et d’allumage de feu.

les vaches ne peuvent être que des émissions d’outre-monde, émissaires missifs, particules de l’hémisphère sombre nommé démence

Cahier d'un périple en pays cathare

Solitude sauvage

cabre ton âme et fais-lui l’amour sauvage
l’orgasme rampe dans ton slip
catapulte ta sexualité et récolte-en les graines
l’amour est daté d’hier, ce sont les boites de conserve qui mentent sur son état de péremption
conjugue tes « je t’aime » à tous les temps perdus
pleure ou prêche dans le désert, les cailloux t’écouteront toujours

nous serons rois un jour de nos propres couronnes
fleuves de sang assis nos règnes dans le fer du temps et l’éternité sera pour demain
depuis que les horloges courent sur leurs aiguilles – claudiquent devrais-je dire

nous serons rois un jour de nos propres couronnes
féodales prisons aux barreaux aiguisés comme des souvenirs
embrasse-moi de tes lèvres corrompues
je veux savoir ce qui se cache sous ton jasmin, sous ton ombre
règne des apparences

 

au loin, les clochers éjaculent sur la vieille France endimanchée
nous mourrons jeunes : la lèpre dans nos veines
Verdun se rejoue dans ma gorge nouée

Cahier d'un périple en pays cathare

Roquefixade

Sur son grand sexe rocheux, la citadelle assoupie compte sur ses doigts de pierre les siècles d’homme qui s’écoulent en contrebas. Le temps est peut-être un fleuve morganatique qui charrie la gloire, les jubilés ont peut-être érodé sa jeunesse pétrifiée, mais le drapeau, juché, toujours hérissé, confirme son inflexible santé. Ses murailles ont peut-être perdu leur martiale superbe, mais leur dentelle fleurit encore et toujours le crâne du piton, couronne de pierre et aveu séculaire de puissance.

Et si le sifflement de ses cloches et le venin de ses canons ne déferlent plus sur la vallée en régiments d’infanterie, c’est sans doute que l’âge a mué la forfanterie en sagesse et en vigilante prudence.

Sûre que le chien qui aboie ne mord pas, Roquefixade répand la ténébreuse menace du silence. Méfie-toi de l’eau qui dort…

Cahier d'un périple en pays cathare

Ascension

Ouvre ton abdomen tu y découvriras une orbe rare palpitante et chaude qu’il te plaira de nommer planète Choisis-lui un nom doux ou sucré qui ne lasse pas l’aponévrose de ton muscle langue

début de la montée

Ma Thébaïde à l’assaut de ton cœur Oublie ta pierre tombale

dénivelée = 50m

Ingurgite l’été et ses deux mois trop grands pour ton sommeil Respire les légendes au feu de bois et ces incendies qu’on appelle gens

100m

A la barbe du sacre venue cueillir une fleur de renom Sans souci aucun des pistes alpines celles où tu éparpilles ton âme épineuse Pyrénées dressez-vous sous l’éclaboussure du soleil les pieds dans l’eau

petite pause

Nous voici devenus bottines Je marche pour les sièges curules Sanglote tes pas perdus croise le fer de tes jambes Arrache ces chardons et plante-les dans ton cœur, il reverdira

173m

Mange l’amour grille la poésie et surtout ne te montre jamais à la fenêtre on ne te croirait pas vivant on te ferait disparaitre pour nous rassurer Tu es déjà mort mon pauvre

grande pause

La mayonnaise des maisons une fois arrivée aux toitures vire cocktail Les villes sont des bulldozers cousus sur la mante verte par l’entropie Les clochers plutôt que les pivoines se posent comme des sexes dans la vallée parce que la taille compte après tout

218,58m - grattage de mollet avec examen simultané du paysage

Trouve de l’or et puis va-t’en

287m – col

Cahier d'un périple en pays cathare

Montségur

Petit village perché de rien entre les cathédrales montagnes, monts de Vénus où les sexes du tourisme s’agitent. L’artisanat est local, le pain est au miel, la saison est au miel, le shopping est bucolique.

Les Cathares sont morts et le tourisme pique-nique sur leur bûcher.
Les Cathares sont morts. Montségur est un clitoris que le tourisme s’amuse à titiller.

Cahier d'un périple en pays cathare

Nuit

Sexe de fer déflore la nuit : le ciel saigne sur les dragons endormis que le commun nomme montagnes. La cigale est une étoile dans le silence. Un village lointain envoie ses émissaires lumières. Nuages peintures. La lune hurle aux loups.

L’immensité m’écrase in illo tempore. Les moustiques portent secours au sommeil des tentes.

Craque homme de la nuit craque tes os, broie ta matière et enchaîne tes reliefs au pilori des astres.

Fais-toi douleur si la douleur est belle : ce soir l’Afrique dansera sa mort, le Congo décrochera la lune ou la cagnotte.

 

Dors ton sommeil il reviendra oiseau de toi

Emporte ce pays qui s’est couché cathare un soir et réveillé catho le lendemain.

Cahier d'un périple en pays cathare

Puilaurens

Puilaurens est une bague que les doigts hésitent à sertir ; sa dernière garnison est partie avec les fioritures. De beaux restes ?

Et que veux-tu que j’en fasse, moi, de ta ruine puante, purulente ? N’as-tu jamais entendu parler de Vauban ?!
Puilaurens, gâchis de pellicule ! Oui, certes, le paysage sauve la mise.
Le paysage sauve tout.
L’effort si pas le monde…

Cahier d'un périple en pays cathare

Poème

des armes forgées pour on ne sait quelles batailles
forgées dans la chair vivante du monde, des mondes
des armes qui ont la puissance magique des symboles
des oiseaux orichalques amarrés à leurs fourreaux
des oiseaux d’incendie qu’on ne songe pas à endiguer

des armes d’oubli des oiseaux de feu et à sang
des oiseaux sans tête, cou-coupés
soleils abattus en plein vol c’est accident de chasse
que les innocents aient le courage de se dénoncer : grâce leur sera rendue !

providence serpent de fiel renoue mes tripes que la liberté découd
hiver prière de détruire tous les fruits
attrape cheveux et vent noue des paniers
des faisceaux de prières nouveaux drapeaux
le fleuve dort à la fenêtre
je le pince il crie et c’est un hymne, il pleure et c’est ma mère

des armes obscènes des oiseaux violés
se roulent dans la boue de sang pleurent leur innocence
comme un fruit de printemps qui ne reviendra pas

Cahier d'un périple en pays cathare

Quéribus

séquestre mon cœur mosaïque la cariatide endormie – ses songes des fleurs ineffables une épine c’est la chair déjà qui occulte les sens interdits
une épine dorsale
La terre s’est fendue de l’homme et l’homme se rend à elle.

Gloire aux mort-nés, ce seront les seuls hommes à l’âme immaculée.

coup de semonce dans nos astres pelviens
l’évolution s’est levée aux aurores les oreilles tintantes, du café dans le sang dilué par la foudre
aux orages moqueurs, j’oppose ma sérénité
crois-moi quand je te dis que nous serons des sécateurs de l’ordre établi
mais pour le moment, nous ne sommes que touristes

alors cesse de ressasser ces vers d’ivoire et contemple le paysage

Cahier d'un périple en pays cathare

 

[ Après avoir remarqué combien les phrases sises au dos de la boite de biscottes étaient absurdes, il m’a plu de leur rendre un premier sens parmi tous ceux possibles. ]

 

 

Biscotte

                Et une culture de la biscotte encore meilleure, dorée et savoureuse, sélectionne l’environnement, le savoir-faire, selon la charte à la texture légère et croustillante.
                Et pour vous, pour favoriser la source de fibres locale, des produits contenant une recette de légèreté, pour démarrer la journée, attirer les abeilles et les papillons sans colorant et sans conservateur dont votre corps a besoin.

Cahier d'un périple en pays cathare

Les cascades

Eden fluorescent suspendu aux Martiniques qui chantent

la mélopée des cascades est un pain de carte postale

est mon pain

Cahier d'un périple en pays cathare

La possibilité d’une ville

Il y a
Il y aura
à la terrasse d’une ville (anonyme, inconnue, irréelle, inexistante mais jamais impossible) un café bien chaud qui t’attend assis à l’ombre d’une tonnelle

Une ville (…)

Chaque ville, avant même d’être une ville, est la possibilité d’une ville.

la possibilité d’une boulangerie, d’un petit pain au chocolat, d’une église, gothique ou autre, d’un feu rouge commandant un carrefour, d’une fontaine d’eau, potable ou non,

la possibilité d’une boisson fraîche, de gens sympathiques, d’une rencontre marquante avec un artisan local, d’enfants qui jouent, d’un chien qui aboie, d’un coup de foudre

Chaque ville, avant même d’être une ville, est la possibilité d’une ville.

 

Pour celui-qui-attend-quelqu’un
Toute personne qui point à l’horizon et pénètre dans son champ de vision devient la possibilité de celui-qu’il-attend. Le regard se fixe sur l’apparition : on cherche des points communs avec la personne attendue, on en trouve, quitte à se mentir, et puis quand la proximité devient formelle, on se détrompe et le manège continue.

C’est que l’humain adulte, fort de son expérience, fait exister le monde dans son esprit avant même de l’observer. Il devient incapable d’appréhender la réalité mais seulement d’y reconnaître ce qui correspond ou diffère d’avec sa conception. L’humain adulte ne découvre pas, il confirme ou infirme.

C’est parce que l’adulte oppose possible et réel qu’il perd ses capacités magiques.
Ce n’est pas parce que le monde existe déjà qu’on ne peut plus l’inventer.

On sait comment l’enfance est l’âge où le possible n’est pas incompatible avec le réel. Il suffit de dire pour créer : « Je suis un pompier » et voici l’enfant effectivement pompier. En cela, l’enfant ressemble curieusement à Dieu.

un tapis est la possibilité d’une jungle ou d’un temple secret,
un bâton est la possibilité d’un sceptre ou d’une épée

Le possible est l’unité atomique de la liberté. Le moyen de se délivrer d’un réalisme qui emprisonne. Qui a dit que voler était impossible ?

La poésie active les possibilités.

Cahier d'un périple en pays cathare

À l’Absente

tes seins pleins fruits grandioses
ton existence neige
s’évapore au Sud parmi les corolles de tes jambes
je m’oublie, pas toi
l’odeur de ta nuque s’échappe en fleurs, muscat concave où je viens abreuver mon sens phallique
c’est ta réalité nocturne qui échafaude ton vrai visage, celui de tes spasmes et de tes fougères
et cette plaie kaléidoscopique rivée dans mon souvenir

… je voudrais que tu sois là

Cahier d'un périple en pays cathare

Peyrepertuse

Le château cathare réveillé de ses os. Falaise mécanique prévue pour durer de toute éternité. Résistés les jours, sièges du temps.
Le Moyen-Âge est un sépulcre qu’on admire.

Fendu en son centre d’un coup de dents. Mal réparé de rapaces en représentation. Chaud et grand et beau, corne dans la vallée.
C’est la bouche de la vallée qui te porte à ses lèvres comme un cor.

Entends-tu le cor sonné ?
Entends-tu le cor sonné ?

Cahier d'un périple en pays cathare

Toi, montagne

La mort monte en pente douce féconder ton roc saillant, ellipsoïdal, qui mange le ciel immense. Qui surplombe la léthargie oubliée dans la vallée.
Vignobles, vert et brun, villages, rouge et blanc cassé, autoroute et touristes, flashs.
Le flanc zébré de menaçants chemins qui s’effritent dans tes garnisons de sylve. Çà et là, une bave de rocaille, qui s’appelle peut-être moraine, a fait des ravages parmi ton fond-de-teint sempervirent. Tes pitons, en extensions érotiques, font la nique à l’altimètre, dans la jungle pétrifiée la course au soleil, chacun prêt à écraser son prochain pour une maigre récompense de panorama.
Ta crête, indifférente à cette lutte sociale, ne se lasse pas de couper au couteau le bleu imaginaire du ciel, se laisse photographier de profil et se soumet de mauvaise grâce aux outrageantes randonnées qui violent son intimité faite d’arbre et de roc.
Tu étends partout tes mains tes jambes tes flancs vers la vallée, en offrande prudente et silencieuse. Tes buses te racontent les progrès du béton et de l’asphalte, ta popularité de carte postale et ces voyageurs silencieux qui s’absorbent dans la contemplation de tes airs tarpéiens.

Cahier d'un périple en pays cathare

Retour

nomme les choses ou tu les perdras :

le soleil de sa babine fumante de chaleur endeuille les arbres
l’humanité clouée au sol porte sa croix
vacarme de feu la nature s’immole dans sa casserole en titane d’autrefois
et les villes touchées s’embrasent Néron est en moi qui savoure cette ivresse

il pleut des Atlantides
ressuscitées d’entre les légendes Ephèse obscène pleurant ses cailloux sa ruine
baigne Vénus ton âme aux cornes de l’aurore
Europe comme une vigne une étoile ensemencée par l’orage d’altitude

Europe dégouline de ses frontières

poésie héroïne des peuples dépossédés
sans qu’on sache comment ma bouche s’est muée en papillon
c’est un chant qui monté du corps parle au corps
lance tes phrases à l’assaut de ce vide de roc

offre ta parole comme un miel de jouvence

Cahier d'un périple en pays cathare
Lire la suite