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Articles avec #amere humeur tag

La veille

18 Avril 2017 , Rédigé par T.B. Publié dans #Amère humeur

 

Le spectacle du monde ne laisse de fasciner. Qui se lasse de contempler les étoiles ? Qui s'ennuie devant l'immensité de l'océan ? Pas même le marin.

Le spectacle du monde social fascine à peu près autant. La beauté y règne de façon plus partagée que dans les grands ensembles d'architectonique naturelle, certes, mais la récurrence de certains phénomènes ne semble pas peiner outre mesure les générations.
Exemple : nous voici au-devant d'élections. Et combien n'en voyez-vous qui se passionnent pour tel ou tel candidat, les tracts, les vidéos fusent, les débats fleurissent partout, même de l'autre côté de la frontière. On calcule, on sonde, on suppute, on conjecture, c'est tout un monde ! N'est-ce pas incroyable quand on songe qu'un simple regard à l'histoire politique des décennies dernières indique le plus lisiblement la faillite inévitable de telles espérances. Néanmoins chacun (ou presque) semble encore y croire, être acquis à cette évidence qui voudrait que l'élection amène du changement alors qu'elle ne fait jamais que consacrer la continuité. La vieille leçon anarchiste semble oubliée : qui a intérêt à défaire le pouvoir une fois qu'il s'est assis sur le trône ?

Non vraiment, le bourgeois a sans le savoir inventé une formidable machinerie à capter les énergies transformatrices qui traversent l'espace social, plutôt que de mettre le feu aux châteaux, on colle des affiches, plutôt qu'aux des assemblées populaires, on se rend aux meetings, plutôt qu'aux piquets de grève, aux marchés. Dans le jeu électoral, la contestation s'épuise... et se récupère. C'est toi, grand-père, qui t'assoira sur le trône de nos colères ?

Comme le dit Léo Ferré : Ils ont voté, et puis après ? Car, en effet - faut-il encore le rappeler ? - tout se joue après. S'il ne fallait retenir que deux idées de celles que les siècles dernières ont forgées dans la lutte, la seconde serait celle-ci (pour la première, t'as qu'à chercher par toi-même, feignasse!) : tout est rapport de force, le mouvement de la société est causé par la lutte des classes. Peu importe que le bourgeois-président soit progressiste ou non, avec un mouvement social organisé pour le pousser au cul, il mènera une politique progressiste. C'est tout. Ce n'est pas une question de personnalité, de volonté, c'est une question de pression, il faut chauffer l'eau dans la cocotte-minute. Tiens-le toi pour dit, citoyen!


 

 

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Décret désignant les cibles prioritaires

29 Octobre 2014 , Rédigé par T.B. Publié dans #Amère humeur

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Ma conscience a adopté et Nous, T.B. professeur de notre état, sanctionnons ce qui suit :

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Et alors, Monsieur le Ministre, on compte ses voix comme un bourgeois ses billets ?

 

Il n'y a plus de classes exploitées savez-vous, il n'y a plus que des populations défavorisées. Et encore si peu, si peu Monsieur : il n'y a aujourd'hui que quatre enfants sur dix dans ma ville qui naissent dans des familles vivant sous le seuil de pauvreté.

 

Voyez, Madame, dans votre torchon intitulé :

Décret définissant les missions prioritaires de l'enseignement
fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les
structures propres à les atteindre

Quand vous écrivez :

Article 6. - La Communauté française, pour l'enseignement qu'elle organise, et tout pouvoir organisateur, pour l'enseignement subventionné, poursuivent simultanément et sans hiérarchie les objectifs suivants :

1° promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves;

2° amener tous les élèves à s'approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle;

3° préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures;

4° assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale.

 

Désolé je ne peux me résoudre à le croire, pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé.

 

Est-ce mon esprit qui déraille si je lis chaque fois :

Article 6. - La Communauté française, pour l'enseignement qu'elle organise, et tout pouvoir organisateur, pour l'enseignement subventionné, simulent de poursuive la reproduction de la hiérarchie sociale à travers les objectifs suivants :

1° confier la promotion de soi et le développement de sa personne à chacun des élèves;

2° amener tous les élèves à ne s'approprier que les savoirs et à n'acquérir que les compétences qui les rendent aptes à apprendre travailler toute leur vie et à prendre la place qui leur est assignée dans la vie économique, sociale et culturelle;

3° préparer tous les élèves à être des citoyens responsables dociles, capables de contribuer au développement d'une société technocratique, suicidaire, pluraliste et ouverte aux marchés;

4° assurer tous les élèves qu'ils ont des chances égales d'émancipation sociale.

 

Car vois-tu, Cravate, dans la réalité que j'observe tes jolis mots n'ont pas cours. Moi j'ai les mains dans la boue et je remarque que seuls ceux qui ont un 4x4 en sortent. Je vois des gosses sinistrés culturellement que l'école met sur une voie de garage. Chaque jour je travaille contre mon gré à un eugénisme social qui me débecte. Je vois des gosses perdus en face de moi et pour eux je ne peux à peu près rien.

Car vois-tu, Noeud Papillon, aux vingt-cinq mômes en face de moi, je n'apprends que l'obéissance et la résignation. Quand je leur apprends à accorder leurs participes passés, que réalise-je d'autre qu'un conditionnement pavlovien consistant à répondre à une norme dénuée de logique (ainsi que d'avenir), dont le fondement repose dans les lubies conservatrices d'une gérontocratie costumée. Et quand je leur permets de désigner un délégué qui pourra assister aux conseils de participation : n'est-ce pas là l'idéale préparation à l'abdication citoyenne organisée par les élections législatives ?

Car vois-tu, Tailleur guindé, tout ce que ton école propose pour éducation politique est cet exemple désastreux.

Car vois-tu, Costume trois pièces, ton école est une structure coercitive : des barbelés fleurissent au-dessus des murs, les barreaux aux fenêtres et chaque jour des professeurs se chargent de bâtir des cellules dans les cerveaux de la jeunesse.

Car vois-tu, Je-me-déplace-en-voiture-de-fonction-avec-chauffeur, ton école ne propose rien que la fatalisme économique et la démission : parce que oui, vouloir régénérer l'école grâce à la pédagogie, c'est bien et c'est pas cher mais ça ne change strictement rien. L'émancipation sociale que tu te complais à évoquer, Col blanc, ne se pratique pas à coup de bonnes intentions, elle demande des moyens : former les professeurs de manière appropriée, rénover les bâtiments et les programmes archaïques, inventer de nouvelles architectures pour en finir avec l'école-prison, ouvrir l'école sur le monde, reléguer au passé une bonne fois pour toutes la division intellectuelle du travail, enterrer ce vieux cadavre puant de l'évaluation individuelle et en profiter pour jeter dans sa tombe le vouvoiement.

Car, Madame, Monsieur le ministre, l'odeur de ton école est celle de la démission généralisée. Elle sent le pragmatisme, la realpolitik et l'opportunisme électoral, elle sent la soumission aux diktats de l'austérité qui est ta seule ambition politique. En un mot, elle pue la merde ton école.

Et vois-tu, Triste coq, le blème c'est que ton école c'est la mienne, c'est la nôtre aussi.

 

 

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